vendredi 30 décembre 2016

DOSSIER #1: Air Botswana - L'homme qui paralysa une compagnie aérienne

L'ATR-42 d'Air Botswana impliqué dans l'accident (A2-ABB)
Rares sont les cas où une catastrophe aérienne est imputée à une action délibérée. Cela ne veut pas dire qu'elles n'existent pas, mais qu'elles peuvent arrivées sans prévenir. Le crash de l'A320 de la GermanWings a choqué l'opinion à cause du fait que c'est le co-pilote, dépressif, qui fit plonger l'avion dans les Alpes du Sud, tuant 150 personnes. Mais, en 1999, un homme réussit, dans un coup de folie, à détruire toute la flotte aérienne d'une compagnie aérienne africaine. Cette compagnie, justement, c'est Air Botswana; la compagnie nationale du Botswana fondée en 1972 et gérée entièrement par le gouvernement, et cela, bien sûr, par tous les moyens possibles, y compris la corruption. Elle opère des vols régionaux et internationaux vers d'autres pays comme le Kenya ou la Zambie. L'entreprise survécut à plusieurs tentatives de privatisation ainsi qu'aux nombreux problèmes financiers qu'elle a connu. Pourtant, un homme va réussir à paralyser cette compagnie, au prix de sa vie.

Cet homme s'appelle Christopher Phatswe, il est commandant de bord pour Air Botswana. Tout lui sourit, jusqu'au jour où le pilote tombe malade. Être malade peut avoir des conséquences désastreuses sur le temps de réaction (si, par exemple, un pilote à la grippe, son temps de réaction à opérer une action sera réduit, ce qui, en cas de problème, peut avoir des conséquences tragiques). Il ne peut pas reprendre les commandes des avions, et se contente de suivre un traitement médical. Malheureusement, le pilote ne tient pas en place: il veut reprendre son travail, tout de suite. La direction d'Air Botswana le reçoit et lui annonce que, selon les procédures, un test médical doit être pratiqué; après quoi, si il est positif, il pourra réintégrer le cockpit. Cependant, le test est un échec: la sentence tombe, il est placé en arrêt maladie forcé et, est déclaré inapte à piloter. En sortant, de la direction de la compagnie, il menace les autorités aéroportuaires de l'Aéroport International Sir Seretse Khama, à Gaborone (la capitale du Botswana), de se donner la mort, sans dire la raison. L'homme échafaude un plan machiavélique dans un accès de folie totale...

Le 11 Octobre 1999, en plein jour, alors que les passagers et les équipages vont et viennent au pied des avions, Phatswe se présente dans l'aérogare. Il n'est pas inquiet: les autorités aéroportuaires sont... laxistes. Très laxistes. Il y a très peu de contrôle dans l'aéroport et sur le tarmac. L'homme sort du bâtiment et cherche un avion... son avion: celui avec lequel il volait tout le temps. Cet avion, c'est un ATR-42 immatriculé A2-ABB; construit en 1988, c'est l'un des 3 ATR-42 que la compagnie possède. Le commandant de bord en arrêt maladie monte à bord, ferme la porte de l'appareil, allume les systèmes et l'avion se met en branle. Depuis la tour de contrôle, les contrôleurs voit l'ATR avancer vers la piste sans autorisation et décoller sous leur nez. Il tente de communiquer avec l'avion, sans succès. Les autorités aéroportuaires sont appelées de toute urgence dans la tour: il faut faire quelque chose, mais quoi? Par précaution, les passagers sont regroupés dans l'aérogare; certains prennent les devant et quitte l'aéroport. La panique commence à monter. C'est alors que la tour capte un appel. Phatswe leur annonce qu'il veut parler à quelqu'un de la compagnie Air Botswana; si ce n'est pas fait, il se suicidera.

Les contrôleurs lui demande de ne pas faire d'âneries et exige qu'il atterrisse, en précisant que ses demandes seront écoutées, peu importe leurs natures. Soudain, le brouhaha de la tour de contrôle se tait: Tebogo Masire, général et commandant adjoint des forces de défense du Botswana, vient d'entrer dans la salle. L'homme vient négocier avec le pilote suicidaire, mais ce dernier refuse catégoriquement de parler avec lui. La situation est extrêmement tendue. Phatswe annonce à la tour qu'il veut dialoguer uniquement avec Ian Khama. "J'ai des choses à lui dire", conclut le pilote. Dans la tour, les regards sont confus et surpris: Ian Khama est le vice-président du Botswana, le 2ème homme le plus puissant du pays, et ce pilote veut dialoguer avec lui. Masire lui répond que Khama n'est pas joignable et que le dialogue ne peut se faire uniquement avec lui-même. Le pilote de l'ATR va alors utiliser la menace: il va faire s'écraser son ATR-42 sur la résidence présidentielle, avant de répéter à plusieurs reprises qu'il va s'écraser délibérément sur l'aéroport, alors toujours occupé. Le risque est trop grand pour être négligé: les autorités ordonnent l'évacuation des passagers et du personnel dans l'aérogare, causant un mouvement de panique dans le bâtiment.

Au ton de sa voix, l'homme est sérieux dans ses propos. Les militaires discutent, plusieurs minutes s'écoulent sans qu'aucun des deux camps n'appelle l'autre. Enfin, la tour de contrôle annonce à Christopher Phatswe qu'ils sont en train d'appeler le vice-président et que, d'ici quelques minutes, les deux hommes pourront dialoguer. On respire un peu, on s'imagine que le pilote va parler de ses intentions à l'homme d'état puis atterrir. Le gouvernement répond: le vice-président va parler à Phatswe dans les plus brefs délais. Le cauchemar est bientôt fini, tout semble indiquer que l'on se dirige vers un "happy end". Et c'est là, qu'il y a une coquille, que personne à part le pilote avait prévu. L'ATR-42 est en l'air depuis plus de deux heures, tournant autour de l'aéroport comme un oiseau de malheur et les réservoirs de l'avion étaient rempli pour un vol intérieur: c'est la panne sèche et l'extinction des moteurs. Phatswe appelle la tour de contrôle pour annoncer qu'il va s'écraser d'ici une minute ou deux. Tout en commençant sa descente, le commandant fou aligne son appareil sur le parking même où il l'a volé. En plus de son avion, il y avait les deux autres ATR-42 d'Air Botswana, vidés après l'évacuation mais surtout plein de kérosène. Christopher Phatswe va accomplir son plan suicidaire, sous les yeux de la compagnie et des militaires.


La flotte d'Air Botswana après le crash de Phatswe

L'ATR-42 s'écrase sur le parking, directement sur les deux ATR garés, à environ 370 KM/H. La force de l'impact détruit l'avion volé et le plus proche de l'impact. Le dernier est enveloppé par la boule de feu résultante et est gravement endommagé; trop pour pouvoir être réparé. Il faudra des heures pour que les pompiers de l'aéroport viennent enfin à bout de l'incendie. Christopher Phatswe est la seule victime, tué sur le coup. Mais la plus grande victime, c'est la compagnie Air Botswana: avec ses 3 ATR-42 détruits, elle est cloué au sol. Pourtant, elle possède un autre appareil, un BAe-146, mais coup du destin, l'avion est immobilisé depuis plusieurs mois à la suite de soucis techniques. Il faudra des mois pour qu'Air Botswana se relève de la catastrophe: le temps de retrouver des appareils en état de marche et de réparer le BAe-146, c'était les autres compagnies aériennes qui opéraient les vols Air Botswana.

Pour éviter un nouvel incident de ce type, la sécurité de l'aéroport Sir Seretse Khama a été relevée: il est en théorie impossible que quelqu'un se rende sur les parkings pour commettre un tel acte. Mais il a fallu aussi réinventer les critères de choix des pilotes en se basant sur leur santé physique, mais aussi mentale. Aujourd'hui, le résultat est en demi-teinte: si aucun pilote n'a précipité son avion sur le reste de la flotte de sa compagnie depuis 1999, il y a eu 7 autres cas où le pilote (ou le co-pilote) s'est suicidé au cours d'un vol avec passagers. Le dernier en date étant un jeune pilote qui voulait s'écraser sur le Quartier Général de Pratt & Whitney mais son instructeur l'en empêcha. La date est ironique: c'était le 11 Octobre 2016.

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Sources:
- Wikipédia (Anglais): 1999 Air Botswana Incident
- Aviation Safety Network: Accident Description
- Blog "Los Grandes Accidentes Aereos en el Mundo": La Ira Viaja en Avion: De Como un Hombre Paralizo a Air Botswana (Espagnol)

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