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jeudi 2 juillet 2015

Aviogenex 130 - Illusion d'optique en pleine tempête

Un Tupolev Tu-134 similaire à celui de l'accident
Durant la Guerre Froide, le pays que l'on appelait encore la Yougoslavie avait bien compris la possible rentabilité qu'était l'Europe de l'Ouest. Ainsi, les compagnies aériennes sont invitées à proposer des vols dit "charters" pour les touristes. Ces vols, peu cher, ont pour but d'amener le plus de touristes possible vers les stations de la côte adriatique. La Yougoslavie gagne alors, une sorte de grande popularité envers les pays d'Europe de l'Ouest bien que le pays soit "satellite" de la grande Union Soviétique. Parmi ces villes balnéaires, ayant pour noms évocateurs Kotor, Dubrovnik ou Piran, se trouve la cité de Rijeka. Cette ville, en plus d'avoir des chantiers navals, possède un aérodrome qui lui permet de recevoir les touristes.

En ce dimanche 23 mai 1971, l'aéroport de Londres-Gatwick reçoit un avion au profil peu européen. Cet avion est un Tupolev Tu-134, celui présent sur le tarmac est immatriculé YU-AHZ et est pratiquement neuf. Il appartient à la compagnie Aviogenex qui jouit d'un excellent bilan de sécurité: pas un crash depuis sa création en 1968. L'appareil va décoller avec à son bord, 7 membres d'équipage et 76 touristes britanniques qui viennent chercher un peu de soleil ou qui rentre chez eux comme le célèbre poète croate Josip Pupačić qui voyage avec sa femme et sa fille. A 16h33, le vol 130 décolle pour la Yougoslavie. Le vol en lui même se déroule sans problème particulier, jusqu'à ce qu'il débute sa descente.

Les pilotes savent que l'approche ne va pas être une promenade de santé et pour cause: en face d'eux, un cumulonimbus se dresse sur leur chemin. A cet instant, des averses orageuses tombent sur la ville de Rijeka et des éclairs zèbrent le ciel. Il fait nuit en plein jour. C'est dans ce genre de condition qu'un choix s'impose: se dérouter ou atterrir?
Le déroutement vers un autre aéroport est une des meilleures solutions pour éviter les problèmes... enfin en l'air. Car une fois au sol, encore faut-il trouver un hôtel pour les passagers et l'équipage, faire venir un bus, trouver un autre vol pour le lendemain... Des pertes de temps considérables pour les passagers et une facture salée pour la compagnie. On ne peut pas se permettre quelque chose comme ça! Le commandant a conscience de tout ça, il pourrait atterrir malgré cela sur un autre aéroport et ainsi les passagers éviteraient un rodéo en plein ciel. Il en décide autrement: il faut amener les passagers d'un point A à un point B. Le Tupolev continue l'approche et se cale sur le relais ILS de l'aérodrome en ayant un peu plus de vitesse.
Schéma montrant l'atterrissage
du Tupolev (AAIB)

Le moment fatidique arrive à environ 4 kilomètres de la piste alors que l'appareil n'est plus qu'à 1 000 pieds (300 mètres): le vol 130 entre dans l'orage. L'avion est arrosé par les pluies diluviennes qui tombent depuis presque une heure. Les pilotes ne voyant plus rien mettent les essuie-glaces mais une fine pellicule d'eau se maintient sur les vitres du cockpit. De là où les pilotes sont, la piste semble proche en terme de distance et d'altitude. Une approche bien gérée donc, surtout dans ce type de météo. Mais à 50 secondes de l'atterrissage, le vent tourne, au sens littéral du terme: une puissante turbulence fait, brutalement, monter le Tupolev de quelques mètres et l'incline sur la droite. L'approche aux instruments, ou approche ILS, ne peut plus se faire, car l'avion n'est plus aligné. Dans ces conditions, on fait un "go-around", une remise des gaz: on applique la pleine puissance sur les moteurs, on rentre le train et les volets et soit on retente l'approche, soit on se déroute. Mais les pilotes ne font rien pour arrêter l'approche et ils réalignent leur Tu-134 avec le centre de la piste goudronnée de l'aéroport de Rijeka. Reste un détail, ils sont trop haut.

Effectivement, les pilotes voient qu'ils sont haut. Ils sont victimes d'une illusion d'optique: la pellicule d'eau fait l'effet d'une lentille convexe et réfléchit la piste, seulement, elle apparaît loin aux yeux des pilotes, mais dans la réalité, elle est plus proche qu'ils ne le croient. Cette illusion les induisent en erreur et ils opèrent une descente plus prononcée à l'aide du "trim". Le "trim" est le surnom de l'empennage horizontal, il est inclinable et peut être ajusté depuis le cockpit: si on l'incline vers le bas, le nez de l'avion s'élève; si on l'incline vers le haut, le nez s'abaisse. Les pilotes, toujours sous l'effet de l'illusion, se trouvant trop haut, ils changent le "trim" vers le haut. Réaction immédiate, le nez de l'avion s'abaisse et le Tupolev d'Aviogenex plonge vers la piste, piste qui se trouve à 800 mètres devant eux.

La poussée des moteurs est réduite mais l'avion va vite, très vite. Trop vite même, et le Tu-134 est incliné sur la droite en plus. L'appareil touche la piste. Pour ceux qui ont peur en avion, le cauchemar est fini, l'avion est au sol et plus rien ne peut arrivé, n'est-ce pas? Cependant, le train gauche ne touche pas encore le bitume de la piste. L'avion est à 260 km/h, bien trop vite pour un atterrissage en pleine tempête et le train droit, en raison de l'inclinaison, a touché très durement le sol. Vitesse et inclinaison ont raison du train droit: des fissures se forment et courent sur l'aile droite. 30 secondes après le toucher de roues, l'aile droite se brise à la hauteur du train. L'avion, déséquilibré, s'incline sur la droite et se retourne. Il finit sa course dans une boule de feu, hors de la piste, sur le dos.
Les restes calcinés du vol 130

Les pompiers yougoslaves arrivent sur les lieux, mais leur aide est bien dérisoire. Sur les 83 personnes à bord, on compte 78 morts. Les deux pilotes, le mécanicien et l'opérateur radio, qui se trouve dans le nez de l'avion ont survécu; ils se sont échappés par les vitres du cockpit. Sur les 76 passagers, un seul a survécu; Ranko Sarajcic a été sauvé par les pompiers de l'aéroport, gravement brûlé, mais vivant. Le Tupolev 134 est réduit en cendres par l'incendie suivant l'impact. Le crash du vol 130 d'Aviogenex montre un scénario qui pourrait bien se reproduire: météo incertaine, actions faussées et pressions extérieures sont les causes du seul accident de la compagnie yougoslave.

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Sources:
- Wikipédia (Anglais): Aviogenex Flight 130
- Aviation Safety Network: Accident Description
- Rapport Officiel de la Direction Générale de l'Aéronautique Civile Yougoslave (Anglais/Format PDF)

jeudi 8 janvier 2015

Kolavia 348 - Incendie au roulage

L'appareil impliqué dans l'accident (RA-85588)
Le feu est à l'origine de plusieurs drames aériens. Il peut être du à une cigarette mal éteinte,
un problème électrique ou une surchauffe d'un composant. En cas d'incendie, on estime que la cabine est invivable après 90 secondes et l'évacuation doit se faire dans ce laps de temps extrêmement serré. Les flammes ne sont pas le seul danger, les fumées toxiques peuvent tuer en très peu de temps. Si l'avion est en vol, il faut atterrir IM-ME-DIA-TE-MENT, quitte à le faire n'importe comment, n'importe où. Mais que faire si l'avion est au sol?

Le Tupolev Tu-154 a fait son premier vol en 1968 et est toujours utilisé par de nombreuses compagnies aériennes de l'ex-Bloc soviétique. L'avion est massivement utilisé dans des lieux où les conditions météorologiques sont extrêmes comme la Sibérie ou les plaines arides de l'Ouzbékistan. L'avion immatriculé RA-85588 a été construit en 1983 et réalisait de nombreux vols en Sibérie. En 2011, le Tupolev avait 28 ans, ce qui est dans la limite d'âge des avions actuels (Le Tu-154 a été produit jusqu'en 2013). Le 1er janvier 2011, ce Tu-154B2 doit faire le vol 348 entre les villes de Sorgout, dans l'Oural et Moscou.

Il appartient à l'entreprise Kogalymavia, Kolavia pour raccourcir le nom, depuis 2007. Ce vol transporte 116 passagers et 8 membres d'équipage. En plus de ça, 10 employés de Kolavia embarque à bord où ils prendront les rennes d'un autre avion de la compagnie. Parmi les passagers, quatre d'entre eux sont connus dans toute la Russie puisqu'il s'agit du boy-band pop-rock Na Na. En milieu de journée, le Tupolev quitte la porte d'embarquement, direction la piste. Pour la rejoindre, le tri-moteur doit circuler dans un dédale de chemins que l'on appelle "taxiways". L'aéroport possède 7 taxiways et le vol 348 doit rejoindre l'avant-dernier taxiway qui doit le mener vers la piste 07. Alors que l'avion roule au pas, certains passagers situés à l'arrière du Tu-154 commencent à s’inquiéter.
Plan des générateurs (MAK)

En effet, ils sentent comme une odeur de brûlé et aussi une très forte chaleur. Il se trame quelque chose de louche là-bas, pensent certains. Tout à l'avant, dans le cockpit, le mécanicien constate lui-aussi un problème. Sur le Tupolev 154, l'allumage des moteurs s'effectue à l'aide de générateurs électriques. En temps normal, ces générateurs ne sont pas connectés ensemble mais chacun sur son propre circuit électrique et ne sont pas synchronisés. Mais sur le vol Sorgout-Moscou, la situation est critique. Lors d'un contrôle de la maintenance, 2 des 3 générateurs ont été branchés ensembles. Une erreur grave.

A l'allumage, le générateur droit a produit une tension électrique 10 à 20 fois supérieure à ce qu'elle aurait du être normalement. Conséquence directe, un arc électrique c'est produit commence lentement à grignoté le générateur et l'arrière de la cabine. C'est précisément la surcharge que remarque le mécanicien mais pas seulement, en effet, il découvre que le moteur droit est incroyablement chaud. La température du moteur grimpe en flèche alors qu'il produit une poussée qui ne pose aucun danger outre mesure. Le mécanicien ordonne l’arrêt du moteur droit et le coupe, mais l'enfer commence.

Au fond de la cabine, les passagers voient de la fumée s'échapper des cloisons. La panique
Le Tu-154 en feu
s'installe et les personnes refluent vers l'avant de l'avion. Le feu d'origine électrique se répand à toute vitesse par les câbles qui courent sur toute la section supérieure de l'appareil. Le mécanicien voit alors sur son tableau de bord que le moteur droit est en feu et les pilotes ordonnent l'évacuation de l'avion. Chose étonnante, de l'extérieur, tout semble normal, même si l'avion est à l’arrêt, personne ne se doute que la cabine devient un piège mortel pour les 116 passagers et les 18 membres de l'équipage. La température monte à grande vitesse à l'intérieur de l'avion.


La fumée se répand dans la cabine et les flammes apparaissent. Les membres d'équipage, qu'ils soient en service ou pas, font sortir autant de personnes qu'ils peuvent alors que les pilotes coupent les moteurs pour éviter une explosion. Des flammes surgissent à l'extérieur par la partie arrière et une épaisse fumée acre sort des issues de secours. Les membres dans le cockpit sortent par les fenêtres avant. Alors que l'énorme Tupolev continue de brûler et que les pompiers se battent contre les flammes, les hôtesses comptent les passagers. A leur désespoir, elles découvrent qu'il y a 3 disparus. Mais il est impossible de retourner les chercher, l'avion est en train de se disloquer sous la chaleur du brasier.

Douze heures plus tard, le Tu-154 a totalement brûlé, seul reste la dérive qui est couchée sur le taxiway gelé. Les pires suspicions sont confirmées, les 3 disparus sont morts, asphyxiés par les fumées. Pour redoré son image auprès des voyageurs, la compagnie décide de se débarrasser de ses vieux Tupolev Tu-134 et son autre Tu-154 pour les replacer par des A320, des A321 et des CRJ-100. Kolavia changea son nom en 2012 pour MetroJet.

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Sources:
- Wikipédia (Anglais): Kolavia Flight 348
- Aviation Safety Network (Anglais): Accident Description