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samedi 3 janvier 2015

TWA 841 - La petite expérience qui tourne mal

L'appareil impliqué dans l'incident (N840TW)
Les rumeurs en aéronautiques sont nombreuses, mais l'une d'elles est particulière au Boeing 727. Certains pilotes vous diront que c'est une légende mais elle est bien réelle.

L'idée est la suivante: Etant donné que le Boeing 727 ne possède aucun moteur sous les ailes, les ingénieurs ont pu placer de nombreuses surfaces dites "mobiles". Sur les bords d'attaque des ailes, on trouve les volets et les "volets de bord d'attaque" ou "becs". Si ils sont déployés, ils augment la courbure de l'aile pour plus de portance. Mais, en fin d'aile, on trouve les "slats": si on les déploient, ils améliorent le comportement de l'aile à haute altitude.

Seulement voilà, les surfaces mobiles ne fonctionnent pas indépendamment les unes des autres. Dans le cockpit, un levier permet de gérer l'ensemble. Si on le règle sur 2, les volets s'étendent vers l'arrière sans se courber ET les slats sont à moitié sortis. Impossible de les gérés... Enfin presque.

L'idée de génie, pour les pilotes, la voici:
-On débranche les fusibles des slats
-On règle les volets sur 2
En vol, les volets sortent mais pas les slats et comme les volets ne se courbent pas vers l'arrière, la surface de l'aile est étendue, augmentant la portance. Ainsi, l'avion peut voler plus haut, avoir un peu plus de vitesse et moins consommer de kérosène. Tout le monde est gagnant, enfin, tant qu'il n'y a pas de pépin technique.

C'est ce qui va causer une des plus spectaculaires virées de l'aviation moderne.

En ce 4 avril 1979, un Boeing 727-100 décolle de l'aéroport JFK à New York avec 82 passagers et 7 membres d'équipage. L'appareil appartient à la compagnie TWA (Trans World Airlines) et il se dirige vers Minneapolis. Le vol 841 est un vol de nuit sans histoire, la visibilité est bonne et la nuit est calme.
La montée vers l'altitude de 35 000 pieds (10 000 mètres) se passe sans anicroche puis, vient le moment fatidique: le pilote demande au contrôleur si il peut monter à 39 000 pieds (11 800 mètres) et il accepte. L'avion atteint l'altitude à 22h, heure locale.

Les pilotes tentent le coup. Ils débranchent les fusibles et sortent les volets d'un cran (soit
Le tracé du FDR (enregistreur de paramètres) du vol 841
2) et soudain, le 727 commence à vibrer fortement. Quelque chose à foirer dans le processus... Les volets sortent mais également les slats et ces derniers ont un effet pervers: si ils sortent lorsque l'avion vole à grande vitesse, l'écoulement de l'air est perturbé et la portance diminue considérablement. Une seule chose à faire, rentrer le tout. Le commandant replace la manette des volets sur UP et tente de tenir son avion. Les volets et les slats rentrent tous mais une panne mécanique survient à ce moment critique: un des slats de l'aile droite, le n°7, reste bloqué.


Conséquence immédiate, l'aile perd sa portance et l'avion s'incline sur la droite. Le pilote utilise le manche et le palonnier pour remettre l'avion à plat, mais l'aile s'enfonce de plus en plus, jusqu'à atteindre le point de non-retour: le 727 est sur la tranche et il part en vrille. Le Boeing fait plusieurs rotations et finit même par atteindre un inclinaison de 90 degrés, en résumé, l'avion tombe tout droit. Le taux de descente de l'appareil atteint 35 000 pieds... à la minute! Le 727-100 tombe à une vitesse proche du vol en supersonique: Mach 0.96.

L'avion plonge du ciel et il faut faire vite. Le commandant réduit les gaz mais rien n'y fait, la chute libre continue. Il tire, alors, la manette des aérofreins (dispositifs sur les ailes qui perturbent l'écoulement de l'air et qui ralentissent donc l'avion), mais les effets de la vitesse ont raison des aérofreins. Le pilote ne le voit pas mais, les "spoilers" se tordent et rentrent tous seuls. En dernier recours, le copilote sort le train d'atterrissage mais les tensions arrachent les portes de soutes. Heureusement, les roues sortent quand même et la vitesse diminue légèrement, c'est un bon début.

A ce stade, l'avion plonge toujours et la panne mécanique du slat n°7 n'est toujours pas
Le slat manquant
identifiée par l'équipage. Elle ne le sera jamais, car le slat se déforme et s'arrache sous les forces aérodynamiques. Cette perte arrange la situation car, l'aile droite retrouve sa portance. L'altimètre affiche 6 000 pieds (1 800 mètres), il faut tenter le tout pour le tout. Le commandant tire sur le manche à balai jusqu'en butée. L'avion répond à ses actions et il enraye la chute. Mais l'avion monte maintenant comme une fusée vers le ciel. L'assiette qui atteint les 50 degrés est importante mais avec le gain de vitesse, le Boeing 727 de la TWA ne décroche pas.


Le vol 841 se stabilise enfin à 13 000 pieds (3 900 mètres) mais l'avion est dans un piteux état: les slats sont bloqués, les volets pendouillent dans le ciel nocturne toujours accrochés par les câbles hydrauliques, il manque même l'extrémité de l'aile gauche et le carburant fuit. L'avion atterrit en urgence à Détroit, dans le Michigan. Il n'y a que 8 blessés, un miracle. L'enquête ne déterminera jamais la cause de l'incident car le CVR (l'enregistreur vocal) a été effacé par les pilotes après l'atterrissage... Pilotes qui contestent toujours l'enquête du NTSB. Le 727 sera réparé et sera remis en service quelques temps plus tard.

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Sources:
- Wikipédia (Anglais): TWA Flight 841
- Aviation Safety Network (Anglais): Accident Description
- Sécurité Aérienne: Article par Mecifi